Toute société façonne, sans toujours s’en aviser, une manière de donner forme à ce qui pourrait demeurer informe dans l’existence. Manger, se vêtir, recevoir, converser, occuper le temps ou l’espace ne relèvent jamais du seul besoin, et chaque civilisation ajoute à ces gestes une part d’ordonnance, de mesure et de style dont elle ne rend pas toujours compte à elle-même. C’est cette part-là que l’on nomme, faute de mieux, un art de vivre, et la difficulté commence dès que l’on cherche à la définir avec précision, car elle touche moins à des objets qu’à la manière dont un peuple les tient ensemble et leur donne sens. (voir mon article sur le sujet)
Cette difficulté générale se resserre singulièrement lorsqu’on l’applique à la France, où l’expression d’« art de vivre à la française » appartient à ces formules dont l’évidence paraît d’autant plus grande que l’on renonce à les définir. Elle court dans les discours, accompagne les représentations que la France donne d’elle-même, rassemble avec une facilité presque déconcertante la table et le vin, les étoffes et les maisons, les jardins et les villes, le luxe et les plaisirs les plus ordinaires, la conversation, la culture, les paysages, le patrimoine, jusqu’à certaines manières de prendre son temps ou d’habiter un moment, et chacun paraît entendre ce qu’elle signifie tant qu’on ne lui demande pas exactement ce qu’elle contient. Dès que la question se précise, l’un parle de gastronomie, l’autre d’élégance, un troisième de convivialité, un autre encore de patrimoine, de savoir-faire ou de goût, comme si l’expression désignait moins un objet clairement circonscrit qu’une parenté obscurément sentie entre des choses dont nous avons conservé l’habitude de percevoir l’accord sans toujours savoir en formuler le principe.
C’est de cette difficulté qu’est née une question beaucoup plus simple, et peut-être plus féconde. Puisque les Français eux-mêmes peinent à dire ce qu’ils reconnaissent pourtant si volontiers sous le nom d’art de vivre à la française, que voient donc ceux qui arrivent d’ailleurs lorsqu’ils regardent vivre les Français ?
La question nous entraîne beaucoup plus loin qu’on ne pourrait d’abord le croire, car les étrangers n’ont pas attendu l’invention contemporaine de l’expression, les campagnes de promotion touristique ou la constitution internationale des industries françaises du luxe pour s’intéresser à cette manière de vivre. Depuis plusieurs siècles, voyageurs, diplomates, écrivains, artistes, exilés volontaires ou résidents de longue durée ont regardé la France avec cette attention particulière que provoque l’entrée dans une société dont les usages diffèrent des siens, et leurs récits, jusque dans leurs contradictions, finissent par composer une sorte de miroir discontinu où reviennent, d’une époque à l’autre, certaines façons de manger, de parler, de recevoir, de se vêtir, de disposer les choses, de fréquenter les autres, d’habiter les villes ou de donner du prix aux plaisirs de l’existence. Ces témoignages appartiennent à des genres et à des régimes d’écriture différents, puisque lettres, récits de voyage, mémoires et œuvres littéraires entretiennent chacun une relation particulière avec l’expérience vécue, mais leur rapprochement permet de suivre, à travers ces formes diverses, ce que des regards étrangers ont successivement jugé assez singulier dans la vie française pour mériter d’être remarqué.
Au commencement du XVIIIᵉ siècle déjà, le Bernois Béat Louis de Muralt, qui avait parcouru la France et l’Angleterre, faisait de la comparaison des deux peuples la matière de ses Lettres sur les Anglais et les Français et sur les voyages¹. Son regard possède pour nous une vertu particulière, parce que l’observation des manières françaises s’y accompagne volontiers d’ironie et que la politesse, lorsqu’elle devient trop visible, peut lui paraître affectation, soumission aux usages et presque servitude de la coutume. Cette irritation mérite autant d’attention que l’éloge d’un autre voyageur, car une manière de vivre se laisse quelquefois mieux apercevoir par ce qu’elle indispose chez celui qui lui est étranger que par les qualités dont elle aime elle-même se parer. Muralt rencontre déjà une société où la relation se donne des formes suffisamment reconnaissables pour devenir sous sa plume un caractère collectif, et où l’attention portée à la manière d’être avec autrui appartient assez fortement au spectacle français pour qu’un Suisse puisse en faire un terme de comparaison avec l’Angleterre.
Quelques décennies plus tard, Laurence Sterne entre en France avec un regard tout différent. A Sentimental Journey through France and Italy, publié en 1768, avance moins par grandes descriptions que par une succession de scènes minuscules où l’étranger se trouve continuellement placé devant l’art difficile de comprendre ce qui se passe entre les hommes². Une auberge, une boutique, une voiture, quelques paroles échangées, un geste dont il faut saisir la portée, une rencontre dont il convient de trouver le ton suffisent à faire surgir tout un monde. Le savoir-vivre apparaît alors au détour de l’expérience, au milieu de ces ajustements presque imperceptibles par lesquels chacun doit trouver sa place dans une situation, comprendre ce qu’elle autorise, mesurer ce qu’elle demande et répondre à l’autre sans rompre la grâce fragile de la rencontre. Sterne nous intéresse précisément parce que la France qu’il raconte se découvre à hauteur d’homme, dans cette multitude de circonstances où une civilisation cesse d’être un ensemble d’idées pour devenir une façon de se mouvoir parmi les autres.
L’Italien Carlo Goldoni, arrivé en France en 1762 pour travailler à la Comédie-Italienne, fait encore l’expérience d’une autre France, puisque le voyage se transforme pour lui en installation et que l’observation doit bientôt céder la place à l’apprentissage d’un milieu dans lequel il lui faut désormais agir³. Le premier contact est assez révélateur pour qu’il le consigne dans ses Mémoires. À peine la frontière franchie, écrit-il, « je commençai à m’appercevoir de la politesse Françoise ». La remarque naît d’une expérience parfaitement concrète, car après les désagréments éprouvés aux douanes italiennes, ses coffres sont visités en deux minutes à Saint-Laurent sans être dérangés, puis le commandant d’Antibes le dispense même de produire son passeport et le presse de poursuivre sa route vers Paris. La politesse française dont parle Goldoni possède ainsi dès l’abord une incarnation pratique, faite d’égards, de facilité accordée à l’étranger et d’une manière de réduire la rudesse ordinaire des procédures. Ses Mémoires feront ensuite passer devant nous les usages du théâtre et ceux de la société, la cour et la ville, les repas, les rencontres et les manières françaises telles qu’elles se découvrent à un homme qui vient d’un autre grand monde européen de civilité et qui possède, par son métier même, une attention aiguë aux comportements et aux conventions dont les hommes composent leur existence commune.
Alessandro Verri, arrivant à Lyon en octobre 1766, élargit encore le regard. Il remarque les manières courtoises, qu’il situe pourtant encore au-dessous de ce qu’il appelle la véritable politesse française, mais son attention passe aussitôt aux vêtements, aux voitures, aux maisons, à la magnificence, à la manière de marcher, à ce que l’on montre et à ce que le regard d’autrui rend nécessaire⁴. Imaginant Paris, il comprend que l’immensité même de la ville transforme les règles de l’ostentation, puisque la voiture, les domestiques, l’appartement, le vêtement et jusqu’à ce que l’on mange cessent d’avoir le même sens lorsqu’ils ne sont plus soumis au regard continu d’un petit monde où chacun connaît chacun. Sous l’apparence d’une remarque sur le luxe se dessine déjà quelque chose de plus subtil. Les objets ne valent jamais seuls, leur usage dépend d’un lieu, d’un milieu, d’une circonstance et du regard auquel ils sont offerts.
C’est pourtant un voyageur russe qui, à la veille de l’effondrement de l’Ancien Régime, donne à cette réputation française une expression qui mérite que l’on s’y arrête. Nikolaï Karamzine arrive en France en 1790, au moment où la Révolution bouleverse déjà le pays, et ses Lettres d’un voyageur russe portent la trace de l’étonnement produit par la rencontre entre ce qu’il savait des Français et ce qu’il voit désormais sous ses yeux⁵. Lorsqu’il entreprend d’en décrire le caractère, il voit en eux une aptitude si accomplie à la vie en société qu’il se demande presque si celle-ci n’a pas été inventée par eux ou pour eux, tant leurs manières lui paraissent aimables et tant il admire la finesse de leurs appréciations dans ce qu’il appelle explicitement « l’art de vivre avec les hommes ». Cet art lui semble avoir pénétré si profondément les comportements qu’il est devenu chez eux comme une aimable nature, perceptible jusque dans le regard et le sourire par lesquels ils savent accueillir autrui. Karamzine, qui affirme vouloir vivre et mourir dans sa patrie russe, ajoute aussitôt qu’après la Russie aucune terre ne lui est plus agréable que la France, où l’étranger en vient souvent à oublier qu’il ne se trouve pas parmi les siens.
La remarque devient plus saisissante encore lorsque Karamzine regarde la violence révolutionnaire. Comment le peuple réputé aimable a-t-il pu devenir celui dont l’Europe contemple alors les déchirements ? Quelques années plus tard, Sénac de Meilhan donnera à cette contradiction une expression presque douloureuse dans L’Émigré. Le témoignage change ici de nature, puisque Sénac est Français, émigré et romancier, et que sa parole appartient au deuil d’un monde dont la Révolution a précipité la disparition. Mais ce qu’il regrette mérite d’être entendu précisément parce que le regard extérieur de Karamzine vient d’en attester la réputation. Il écrit des Français que « parmi eux seulement s’était perfectionné l’art de la société et celui de converser », avant d’ajouter cette comparaison singulière, que « les Allemands tiennent table pour faire bonne chère, et les Français pour réunir des personnes qui se conviennent ». Puis vient la formule qui ramasse tout le souvenir d’une société disparue, cette phrase où il affirme qu’« il est des hommes aimables dans tous les pays » mais qu’« en France, c’était la nation qui était aimable »⁶.
Le rapprochement entre les deux textes possède une force particulière, parce que le Français qui pleure une société détruite et le Russe qui la regarde se défaire ne parlent ni depuis la même position ni pour les mêmes raisons, tandis que tous deux font néanmoins apparaître cette réputation d’aménité attachée à la France de la fin du XVIIIᵉ siècle. L’« art de la société », l’« art de converser », la réunion à table de personnes « qui se conviennent » et cet « art de vivre avec les hommes » aperçu par Karamzine donnent en outre à cette aménité une substance beaucoup plus précise que celle d’un simple caractère réputé agréable, car une certaine qualité de la relation semble avoir été assez visible pour devenir elle-même un objet de discours.
Le XIXᵉ siècle élargit encore le champ de l’observation, tandis que le voyage devient progressivement plus accessible et que le regard étranger descend plus profondément dans la vie des villes. Johanna Schopenhauer traverse la France en 1803 et 1804, de Paris à Bordeaux, puis à travers le Midi jusqu’à Marseille et Lyon, attentive aux vêtements, aux physionomies, aux théâtres, aux rues, aux ports, aux différences régionales et à tout ce qui compose la présence concrète d’une société⁷. Son témoignage rappelle utilement que la France aperçue de l’étranger déborde Paris et qu’elle se présente comme une unité traversée par des manières locales de se vêtir, de paraître, de se divertir ou d’occuper l’espace. Sa curiosité embrasse avec la même liberté les toilettes parisiennes, la beauté des femmes de Béziers, les comportements observés au théâtre de Marseille, le port, les villes méridionales ou les traces encore visibles de la Révolution à Lyon, donnant de la France une image faite d’expériences quotidiennes autant que de monuments.
Frances Trollope, quelque trente années plus tard, pousse beaucoup plus loin encore cette curiosité pour la vie sociale. Paris and the Parisians in 1835 pourrait presque être lu, en tenant compte de la nature littéraire et personnelle du récit de voyage au XIXᵉ siècle, comme une ethnographie avant la lettre de la société parisienne⁸. Elle regarde les jardins, les foules, les théâtres, les vêtements, les femmes, les usages, les conversations, les apparences et les convenances avec cette minutie que provoque une société assez proche pour être intelligible et assez différente pour que chaque détail puisse encore étonner. La conversation retient particulièrement son attention. Elle estime que tant de choses ont déjà été dites sur la grâce et le charme du français dans cet exercice qu’il devient presque inutile d’y revenir, et elle admire cet art de donner à une pensée heureuse les mots qui lui conviennent. Derrière l’aisance qu’elle perçoit apparaît pourtant tout un monde de bienséance, de règles et d’attention aux formes, si bien que la grâce elle-même commence à se révéler moins comme une spontanéité miraculeuse que comme le fruit d’une culture longuement incorporée.
Quelques années plus tard, le regard américain de Nathaniel Hawthorne nous transporte sur un terrain apparemment plus modeste, mais peut-être plus révélateur encore. Arrivé à Paris en janvier 1858, il dîne à l’Hôtel du Louvre et compare presque aussitôt la cuisine française à celle qu’il vient de connaître en Angleterre⁹. Les délicatesses françaises l’inquiètent autant qu’elles le séduisent, car la cuisine anglaise laisse encore sentir, selon lui, que l’on satisfait un besoin animal, tandis que la cuisine française accomplit une opération autrement ambiguë, puisqu’elle persuade celui qui mange qu’il est en train de « cultiver son goût ». La remarque est admirable jusque dans son soupçon. Manger demeure l’un des actes les plus élémentaires de l’existence, et voici qu’un étranger découvre en France une société capable d’en faire une matière d’éducation, de discernement et presque de culture. Le besoin subsiste, mais quelque chose s’est ajouté autour de lui qui en transforme l’expérience.
Henry James, parcourant quelques décennies plus tard la France provinciale dans A Little Tour in France, nous aide à élargir encore cette géographie du regard¹⁰. Son projet s’annonce dès l’ouverture par cette remarque qui donne presque à notre recours à James sa justification, lorsqu’il écrit que « France may be Paris, but Paris is not France ». À le suivre de Tours à Bourges, de Nantes à Toulouse, puis vers Arles, Avignon, Orange, Beaune ou Dijon, se compose peu à peu une France dont les villes anciennes, les hôtels, les architectures et les paysages habités laissent constamment affleurer le passé sous les usages du présent. Le voyage provincial apporte ainsi au corpus une dimension que l’observation parisienne pouvait aisément dissimuler, celle d’un pays dont l’expérience contemporaine demeure matériellement accompagnée par les formes accumulées de son histoire.
Avec Edith Wharton, enfin, le regard change de nature, parce que l’étrangère a suffisamment vécu parmi les Français pour vouloir comprendre ce qui pourrait relier entre eux les phénomènes qu’elle a observés. French Ways and Their Meaning, publié en 1919, porte cette ambition jusque dans son titre¹¹. Wharton y parle de respect des formes héritées, de goût, d’honnêteté intellectuelle, de continuité, mais son intuition la plus féconde pour notre enquête tient peut-être à l’extension qu’elle donne au goût lui-même. Celui-ci appartient au vêtement et aux manières aussi bien qu’aux arts, à l’aménagement de la maison comme à la vie quotidienne, parce qu’il désigne une faculté de donner aux choses une forme qui leur convienne. Lorsqu’elle écrit que « l’essence du goût est la convenance », elle formule avec une netteté presque théorique ce que plusieurs voyageurs avaient rencontré avant elle dans des domaines séparés, cette attention à l’accord entre une chose et son usage, une personne et sa tenue, un geste et sa circonstance, un plaisir et la manière de l’éprouver.
De Muralt à Wharton, trois siècles ont passé, les régimes ont disparu, les sociétés se sont transformées, les villes ont changé, les conditions matérielles de l’existence avec elles, et chacun de ces voyageurs regarde encore depuis son propre monde. Le rapprochement de leurs témoignages ne dessine donc ni une définition ni un inventaire de caractères français, mais il fait apparaître, avec une insistance suffisante pour que la question mérite désormais d’être posée autrement, l’attention portée par des étrangers à la manière dont les Français donnent forme aux usages ordinaires de l’existence. Un repas peut devenir culture du goût, une conversation recevoir la dignité d’un art, le vêtement, la maison ou la ville entrer dans une certaine ordonnance des apparences, la relation appeler ses gestes et ses convenances, tandis que les plaisirs les plus communs peuvent recevoir assez d’attention pour devenir eux-mêmes matière de culture.
Cette longue suite de regards donne ainsi une consistance historique à la question dont nous étions partis. Derrière la diversité des objets remarqués, derrière les admirations et les agacements, derrière la France de Sterne qui n’est déjà plus celle de Muralt, celle de Trollope qui ne ressemble plus à celle de Karamzine, celle de Wharton qui a traversé les bouleversements du siècle précédent, revient assez souvent cette attention étrangère portée à la manière dont l’existence ordinaire reçoit une forme, une durée, des usages, des plaisirs et des relations. Aucun de ces témoins n’a défini l’art de vivre à la française mieux que les Français eux-mêmes ne savent le faire, et ce n’était d’ailleurs pas leur propos. Mais chacun, depuis la place qui était la sienne, a vu quelque chose qu’il a jugé digne d’être noté, et c’est peut-être là qu’il faut chercher ce que les Français peinent à formuler d’eux-mêmes, non dans une définition qu’ils pourraient énoncer, mais dans cette attention obstinée que leur manière de vivre a suscitée, siècle après siècle, chez ceux qui n’y étaient pas nés.
Cyril Brun, docteur en sciences humaines, chercheur en anthropologie et professeur d’art de vivre à la française.
Notes
- Béat Louis de Muralt, Lettres sur les Anglais et les Français et sur les voyages, 1725, partie « Lettres sur les François », particulièrement les développements consacrés à la coutume, à la politesse et aux manières françaises. Voir notamment Béat de Muralt, Lettres sur les Anglais et les Français (1725), éd. Eugène Ritter, Berne, Steiger, 1897. L’ouvrage confronte explicitement mœurs, caractères et usages des deux nations et critique notamment l’assujettissement français aux règles de la politesse et de la coutume.
- Laurence Sterne, A Sentimental Journey through France and Italy, Londres, T. Becket et P. A. De Hondt, 1768, 2 vol., notamment les épisodes consacrés aux rencontres, aux usages sociaux et au sçavoir vivre. Le caractère fragmentaire et scénographique du récit rend ici le renvoi aux épisodes plus pertinent que l’attribution à Sterne d’une théorie générale du savoir-vivre.
- Carlo Goldoni, Mémoires de M. Goldoni, pour servir à l’histoire de sa vie et à celle de son théâtre, Paris, Veuve Duchesne, 1787, troisième partie, chap. I, « Ma route du bord du Var à Paris », où il écrit « À l’entrée du Royaume de France, je commençai à m’appercevoir de la politesse Françoise ». Goldoni rapporte immédiatement après la rapidité de la visite douanière à Saint-Laurent et les égards reçus du commandant d’Antibes. L’orthographe de la citation reproduit celle du texte de 1787.
- Alessandro Verri, lettre à Pietro Verri, Lyon, 12 octobre 1766, dans Carteggio di Pietro e Alessandro Verri, vol. I, octobre 1766-décembre 1767. Verri compare les manières lyonnaises à la « vera politezza francese » et développe dans la même lettre ses observations sur les vêtements, les voitures, les domestiques, l’habitation, la nourriture, le luxe et la fonction du regard social.
- Nikolaï Mikhaïlovitch Karamzine, Письма русского путешественника [Pis’ma russkogo putešestvennika, Lettres d’un voyageur russe], lettre 127, « Paris, juin… 1790 », où il écrit « Кажется, будто он выдумал или для него выдумано общежитие, столь мила его обходительность и столь удивительны его тонкие соображения в искусстве жить с людьми ! Сие искусство кажется в нем любезною природою. » J’en propose la traduction suivante, à confronter à l’édition retenue, « Il semble qu’il ait inventé la vie en société, ou qu’elle ait été inventée pour lui, tant ses manières sont aimables et tant sont étonnantes ses fines appréciations dans l’art de vivre avec les hommes ! Cet art semble être devenu chez lui une aimable nature. » Karamzine poursuit en affirmant qu’après la Russie aucune terre ne lui est plus agréable que la France, où l’étranger oublie souvent qu’il ne se trouve pas parmi les siens.
- Gabriel Sénac de Meilhan, L’Émigré, Brunswick, P. F. Fauche et Compagnie, 1797, t. I, pp. 129-131, où il écrit « Parmi eux seulement s’était perfectionné l’art de la société et celui de converser », « Les Allemands tiennent table pour faire bonne chère, et les Français pour réunir des personnes qui se conviennent » et « Il est des hommes aimables dans tous les pays ; en France, c’était la nation qui était aimable. »
- Johanna Schopenhauer, Reise von Paris durch das südliche Frankreich bis Chamouny, Leipzig, F. A. Brockhaus, 1813-1817. Voir également Promenades françaises. Voyage de Paris à travers le Midi jusqu’à Chamonix, trad. Barbara Fontaine, Paris, Éditions du Félin/ARTE Éditions, 2000. Le récit du voyage de 1803-1804 conduit Schopenhauer à travers Paris, Tours, Bordeaux, Agen, Béziers, Montpellier, Sète, Marseille, Toulon, Avignon et Lyon et multiplie les observations sur les vêtements, les physionomies, les spectacles, les comportements, les villes et les pratiques quotidiennes.
- Frances Milton Trollope, Paris and the Parisians in 1835, Londres, Richard Bentley, 1836, 2 vol. Trollope écrit notamment « So much has already been said and written on the grace and charm of the French language in conversation, that it is quite needless to dwell upon it », avant d’évoquer « the art of expressing a clever thought in the best possible words ». L’ouvrage multiplie les observations relatives à la société parisienne, aux vêtements, aux spectacles, aux usages, aux convenances et à la conversation.
- Nathaniel Hawthorne, Passages from the French and Italian Note-Books, Boston, James R. Osgood & Co., 1871, entrée parisienne du 6 janvier 1858. Comparant les cuisines anglaise et française, Hawthorne écrit à propos des délicatesses françaises « you delude yourself into the idea that you are cultivating your taste while satisfying your appetite ». Il revient peu après sur l’idée de cultiver le goût gastronomique.
- Henry James, A Little Tour in France, Boston, James R. Osgood and Company, 1884. Le texte avait d’abord paru sous le titre En Province dans The Atlantic Monthly en 1883-1884. Dès l’ouverture, James écrit « France may be Paris, but Paris is not France », avant d’entreprendre son parcours provincial. L’édition conduit notamment le lecteur à Tours, Bourges, Nantes, Toulouse, Arles, Avignon, Orange, Beaune et Dijon. Le développement du texte courant sur la présence des formes héritées constitue une lecture transversale de ces descriptions et non une citation attribuée à James.
- Edith Wharton, French Ways and Their Meaning, New York, D. Appleton and Company, 1919, chap. III, « Taste », notamment pp. 39-42. Wharton étend explicitement le goût à « the art of dress and of manners, and of living in general » et écrit « The essence of taste is suitability », p. 42. Voir également chap. V, « Continuity », pour la place accordée à la continuité dans son interprétation de la civilisation française.
