RIP le principe de non-contradiction

Jusqu’à il y a une ou deux décennies, la construction de la pensée philosophique reposait massivement sur un principe premier qui semblait élémentaire au commun des mortels.

En philosophie, un principe premier est (était ?) considéré comme le soubassement ultime de la pensée. Une de ces fondations à laquelle la disputatio pouvait conduire tout contradicteur de façon imparable, avec une sorte d’échec et mat. Un argument d’autorité d’une force telle que rien ne pouvait lui être opposé, parce qu’il repose sur une certitude tangible inamovible partagée de façon universelle par toute raison non pervertie.

Le plus fondamental d’entre eux étant, peut-être, le plus bafoué aujourd’hui : le principe de non-contradiction, par lequel une chose ne peut être son contraire, ne peut être et ne pas être. Une chose est blanche ou noire, mais ne peut être les deux à la fois. Un être vivant ne peut être mort, c’est une contradiction de fait même.

Mais, des philosophies relativistes ont petit à petit fait leur chemin, laissant entendre que chacun ayant sa définition des choses, tout est question de point de vue et que ce je vois blanc peut tout à fait être noir pour d’autres.

Et de glissement en glissement, le principe de non-contradiction a, non seulement, été évacué de la réflexion, mais tout bonnement remplacé par un nouveau principe fondamental et premier, argument d’autorité irréductible, le relativisme.

A la disputatio a ainsi succédé le dialogue de sourd ou tout simplement l’impossible dialogue puisque le débat n’a plus lieu d’être à partir du moment où chacun décide de ses référents, indépendamment d’un autre principe, celui de réalité.

Car principe de réalité et principe de non-contradiction vont nécessairement de pair puisque ce sont bien deux réalités qu’on ne peut fusionner. Le gris est une troisième réalité et non la commune réalité du blanc et du noir.

Le principe de réalité et le principe de non-contradiction supposent une vérité universelle des choses. C’est le fondement de la philosophie réaliste d’Aristote aujourd’hui battue en brèche sans réelle argumentation, puisque le POV des réseaux sociaux traduit ce relativisme conduisant à pouvoir affirmer une chose avec pour seule démonstration sa conviction personnelle sans avoir besoin de la fonder.

C’est une colossale démission de la raison ainsi qu’une perversion de l’intelligence dans la mesure où l’objet de l’intelligence est la connaissance, non l’imagination, et donc la recherche de la vérité.

D’ailleurs, c’est bien pour calmer cette fringale de vérité de l’intelligence que les modes de pensée actuels travestissent le faux et l’erreur en vérité au rabais, par le moyen du relativisme. Le drame étant que nos consciences sont à ce point chloroformées qu’elles ne sont plus à même de voir cette perversion.

Ce qui constitue le levier majeur de manipulation des consciences et des masses

Cyril Brun, docteur en sciences humaines