La compote du soir expliquée par Blanche-Neige

ou comment apaiser le corps avant le sommeil

(Chapeau / introduction)

Une scène du soir, simple et silencieuse. Blanche-Neige et Grincheux, dans une chaumière qui se calme.

Un texte pour dire ce que le corps attend à la fin de la journée : de la chaleur, de la stabilité, et qu’on cesse enfin de le brusquer.


Blanche-Neige explique la compote du soir

(ou comment le corps lâche quand on cesse de le brusquer)

(La chaumière. La nuit tombe.

Grincheux est assis, bras croisés, mâchoire serrée.

Il ne regarde pas Blanche-Neige.

Elle épluche calmement des pommes.)

GRINCHEUX

Encore tes fruits…

Toujours tes douceurs…

Tu crois que ça va réparer une journée de fatigue, toi ?

BLANCHE-NEIGE

(doucement, sans le contredire)

Non.

Je crois que ça évite d’en ajouter.

(Elle coupe lentement. Le geste est précis, presque rituel.)

Tu sais ce qui empêche le sommeil, Grincheux ?

Ce n’est pas la fatigue.

C’est quand le corps ne se sent pas en sécurité.

GRINCHEUX

(sèchement)

Des paroles.

BLANCHE-NEIGE

Alors écoutons le corps.

(Elle met les fruits à cuire.)

La pomme, quand elle est cuite,

ralentit la digestion,

stabilise le sucre dans le sang,

et empêche les réveils nocturnes.

Sans pic.

Sans chute.

(Elle le regarde enfin.)

C’est ce que ton corps réclame quand il est tendu :

de la stabilité.

GRINCHEUX

Et la poire ?

BLANCHE-NEIGE

La poire hydrate,

relâche les tissus,

apaise le système nerveux parasympathique.

Elle aide le corps à passer

de tenir

à lâcher.

(Elle ajoute la vanille.)

La vanille n’excite pas.

Elle agit sur l’olfaction,

sur la respiration,

sur le rythme cardiaque.

Elle dit au cerveau :

la journée est finie.

GRINCHEUX

(agacé)

Et ta cannelle, alors ?

Ça réchauffe, ça stimule !

BLANCHE-NEIGE

Une trace seulement.

Pour empêcher que le sucre ne réveille les nerfs.

Elle régule,

elle ne pousse pas.

(Silence. La compote frémit doucement.)

Tu vois, Grincheux…

je ne te demande pas d’aimer.

Je te demande d’essayer de ne plus lutter.

(Elle lui tend le bol. Il ne le prend pas.)

Tu as passé ta journée à serrer les dents.

Le soir, le corps ne veut plus de force.

Il veut qu’on le rassure.

(Un temps. Grincheux prend le bol. Il goûte.

Son visage ne change pas tout de suite.)

GRINCHEUX

C’est chaud.

BLANCHE-NEIGE

Oui.

GRINCHEUX

Et ça ne m’agite pas.

BLANCHE-NEIGE

Parce que ce n’est pas fait pour ça.

(Il mange encore. Sa posture se relâche presque malgré lui.)

GRINCHEUX

(d’une voix plus basse)

On dirait que…

ça descend.

BLANCHE-NEIGE

C’est le but.

(Elle s’assoit près de lui, sans rien dire.)

Ce n’est pas la compote qui endort, Grincheux.

C’est le moment où ton corps comprend

qu’il n’a plus rien à prouver.

(Silence. Le feu crépite.)

GRINCHEUX

Tu m’en feras encore demain.

BLANCHE-NEIGE

(tendrement)

Autant qu’il faudra.

(La nuit s’installe.)

Cyril Brun