(Salle bruyante. Table encombrée. Verres pleins.)
FALSTAFF
Encore un plat ! encore un vin !
Le corps suivra, j’en fais serment.
Que m’importe l’aube et demain,
Je vis ce soir splendidement !
Mangeons gras, buvons dru,
La nuit est large, le feu m’est dû.
Qui parle de repos est lâche,
La vie est courte — qu’on la gâche !
(Il rit.)
Mais…
Le ventre tire, la tête pèse,
La langue flanche, le cœur s’apaise.
Le lit m’appelle — trop tard, trop fort,
Et le sommeil se rit de moi.
J’ai trop chanté, trop trinqué, trop pris,
Et voici que la nuit me fuit.
Ce que j’ai gagné en éclat,
Je le paie en lourdeur, là-bas.
Ah ! belle table, cruel marché,
Tu donnes tout — puis fais payer.
(Il s’affaisse. Noir.)
Coda — Ce que dit le diptyque sans l’expliquer
- Falstaff prend toute la nuit.
- Ragueneau prépare le lendemain.
L’un fait chanter la table,
l’autre accorde le corps.
Et entre les deux,
le lecteur choisit —
non par morale,
mais par résonance.
