De la familiarité française – Une question de juste distance qui déconcerte

Lorsque Emmanuel Macron embrasse le pape François et lui passe un bras autour de l’épaule, au Vatican, en juin 2018, la diplomatie française semble devoir ajouter aux lettres de créance quelques dispositions relatives aux papouilles.[1] François Ier avait déjà embarrassé des ambassadeurs par un accueil si empressé qu’ils ne parvenaient plus à accomplir leur cérémonial. L’histoire offre à nos étonnements ce léger contrepoint, dont chacun appréciera la portée. Elle ouvre surtout une question plus ancienne et plus intéressante que les effusions présidentielles, celle des libertés que les Français prennent dans la relation alors même qu’ils demeurent si attentifs à la manière de se tenir.

Une question de familiarité

Il existe dans les manières françaises une difficulté que le visiteur étranger éprouve souvent avant de savoir la nommer. La conversation s’engage sans peine et la plaisanterie vient vite. Une marque d’affection paraît bientôt annoncer une proximité acquise, puis une limite se dessine, que personne n’avait pris la peine de signaler. Ailleurs, la première rencontre demeure cérémonieuse, et la relation ne découvre que plus tard une chaleur dont l’accueil ne laissait rien deviner. Familiarité et réserve se mêlent dans des conduites dont la cohérence échappe à celui qui attend de la première la promesse d’une intimité, et de la seconde l’aveu d’une indifférence.

Les témoignages anciens donnent à cette difficulté une profondeur inattendue. À la Renaissance, des diplomates italiens prêtent aux Français des manières familières qui les surprennent et parfois les choquent. Plusieurs siècles plus tard, des observateurs britanniques et américains relèvent à la fois la facilité de leurs échanges et la peine qu’il faut pour entrer dans leur intimité. Comment comprendre cette familiarité dans une culture si attachée à la tenue et aux convenances, et si soucieuse de la bonne distance ? Comment les exigences de retenue enseignées dans certains milieux s’accordent-elles avec les libertés de la rencontre, et quelle qualité donnent-elles à la proximité ?

Les sources réunies ici racontent des rencontres et transmettent des apprentissages, mais elles portent aussi des jugements, chacune avec les circonstances et le milieu qui lui donnent son sens. Le récit du voyageur dit ce qui l’a étonné, le manuel ce que son auteur voudrait voir pratiquer. La comédie, elle, grossit les tensions d’une société jusqu’à les rendre risibles. Ces témoignages éclairent les façons françaises de se rapprocher sans fournir la mesure d’un tempérament national, ni la preuve d’une évolution commune à toutes les familles. Cette précaution posée, les scènes laissent paraître une question qui revient de siècle en siècle, celle des libertés que la relation autorise et de l’attention qu’il faut pour en garder la mesure.

Des libertés anciennes au milieu des distances

Chez Joinville, la présence de Saint Louis s’accompagne d’une vivacité que l’image de la majesté royale laisserait mal attendre. Maître Robert de Sorbon reproche au sénéchal d’être plus richement vêtu que le roi. Joinville réplique qu’il tient de son père et de sa mère ce drap vert et ce vair, puis retourne le reproche contre Robert, fils de vilain et de vilaine, qui a quitté l’habit des siens pour un drap plus riche que celui du roi. Louis prend pourtant la défense de Robert. Un peu plus loin, le roi invite son fils Philippe et son gendre Thibaut de Navarre à s’asseoir tout près de lui, et Joinville rapporte leur réticence.[2] Le souverain anime lui-même la conversation et la laisse aller jusqu’à la pique, avec le désir visible de rapprocher ceux qui l’entourent. Le rang demeure pourtant présent, jusque dans l’hésitation de ceux auxquels cette proximité est offerte.

Les dépêches diplomatiques étudiées par Marc H. Smith font paraître la même difficulté dès le XVe siècle. En 1461, Louis XI invite un envoyé florentin à se couvrir. L’homme refuse, et le roi garde alors son propre chapeau à la main.[3] Le souverain offre une liberté que son hôte décline par déférence, et chacun reste fidèle aux marques d’honneur qu’il croit devoir à l’autre.

Au début du XVIe siècle, les interlocuteurs du Courtisan de Castiglione débattent de cette liberté française. Dans ces dialogues situés en 1507 et publiés en 1528, l’un voit de la présomption dans la manière dont les courtisans français se conduisent jusque devant leur roi, quand un autre défend une familiarité sans cérémonie qui peut s’accorder avec la modestie. Les audiences des Valois, puis celles d’Henri IV, donnent à ce désaccord ses scènes. En 1516, François Ier embarrasse des diplomates par une plaisanterie matrimoniale et prend part à des combats d’oranges. En 1531, ses embrassades empêchent les Vénitiens de lui baiser la main, et l’année suivante il refuse d’entendre une harangue. En 1600 encore, un Italien juge l’affabilité d’Henri IV plus privée que royale, tandis que Marie de Médicis plie la réception du légat aux usages français.[3]

La querelle porte sur la manière même d’honorer. L’ambassadeur attend une solennité qui rende sensible la dignité de sa mission, et le souverain lui offre une amabilité qui le rapproche de sa personne. L’empressement du prince compromet alors le cérémonial auquel son hôte tient. La familiarité devient embarrassante dès qu’elle brouille les signes du respect, et le reproche qu’elle suscite révèle deux conceptions de l’accueil, chacune attentive à ce que l’autre semble négliger.

Loin des audiences royales, Félix Platter découvre d’autres libertés. À Sernhac, le 29 octobre 1552, la fille de l’aubergiste veut l’embrasser. Il refuse, à la grande joie de ses compagnons, qui lui présentent le geste comme un usage du pays. Dans son récit montpelliérain, il évoque encore le baiser sur les lèvres qui accompagne la danse, à propos de Gillette d’Andrieu, parente de Rondelet, avec laquelle il raconte avoir dansé.[4] L’embarras du jeune Bâlois fait paraître une proximité corporelle familière à ceux qui l’entourent. En riant de son refus, ses compagnons en font une maladresse et oublient la gêne que leur coutume impose au nouveau venu.

Montaigne donne à cette gêne une expression plus sévère. Dans le chapitre des Essais consacré à des vers de Virgile, il juge déplaisante et offensante pour les femmes la coutume qui les oblige à présenter leurs lèvres à tout homme dont la suite annonce le rang. Sa critique mêle le souci de celles à qui le baiser est imposé à une plaisanterie sur les déplaisirs que les hommes eux-mêmes y trouvent.[5] L’usage a donc ses opposants au sein de la société qui le pratique. Sous les dehors d’une marque aimable, le rang peut contraindre un corps et rendre la proximité importune.

Le baiser d’accueil se rencontre aussi hors de France. Dans une lettre adressée à Fausto Andrelini pendant son séjour anglais de 1499, Érasme célèbre avec une gaieté très appuyée ceux qui accompagnent les arrivées, les départs et les retrouvailles.[6] Son Angleterre paraît bien loin de celle que les voyageurs des siècles suivants opposeront à l’expansivité française. La réputation d’un peuple tient aux usages observés à une époque donnée, et plus encore au sens que les visiteurs leur prêtent.

Les mots anciens gardent la trace de ces nuances. L’affabilité du prince rapproche de sa personne ceux qu’il reçoit, alors que la privauté du courtisan désigne une permission attachée à sa faveur. La familiarité peut encore alléger la cérémonie entre des personnes qui demeurent étrangères l’une à l’autre. La convenance du rapprochement se juge alors dans la relation qu’il établit, et dans les égards qu’il laisse subsister entre des rangs inégaux.

Les libertés de société et leurs limites

Dans la première scène du Misanthrope, en 1666, Alceste s’indigne de voir Philinte embrasser un homme dont il sait à peine le nom et l’accabler de protestations d’amitié. Philinte défend les marques de civilité que la vie en société oblige à rendre.[7] La dispute porte sur ce que vaut l’empressement. Pour Alceste, l’affection affichée engage une vérité de la personne, tandis que Philinte reconnaît aux usages une fonction propre, celle d’adoucir les rapports. La même embrassade peut donc être reçue comme une promesse intime ou comme une politesse de rencontre, et la déception guette celui qui prend l’une pour l’autre.

À la cour, les libertés prennent une autre gravité, car le souverain peut châtier ce qu’il juge offensant. La France galante raconte que le marquis de Montespan prend le grand deuil lorsque sa femme devient la maîtresse de Louis XIV.[8] La protestation emprunte au vêtement son langage public et donne à la perte conjugale les dehors d’une mort. Bussy-Rabutin, de son côté, paie la circulation de l’Histoire amoureuse des Gaules, qui livre au public les aventures galantes de la cour. Il entre à la Bastille en 1665 et y demeure plus d’un an, puis il est exilé sur ses terres de Bourgogne à partir de 1666.[9] La liberté de raconter les intimités des grands se heurte ici à une frontière politique, et c’est le roi qui en fixe le prix.

La scène de Lauzun rend cette frontière presque visible. Déçu dans son espoir d’obtenir la charge de grand maître de l’artillerie, le favori brise du pied la lame de son épée sous les yeux de Louis XIV. Le roi jette alors sa canne par la fenêtre, pour ne pas frapper un homme de qualité. Le lendemain, Lauzun est conduit à la Bastille. Saint-Simon rapporte l’épisode dans le portrait qu’il consacre au favori après sa mort, en 1723, et distingue dans ce même portrait les privautés encore consenties de la confiance perdue.[10] Le souverain retient son bras par égard pour le rang de celui qui l’outrage, puis use de son autorité pour le punir. La familiarité demeure une permission fragile, dont l’insolence révèle d’un coup la limite.

Les lettres de Madame de Sévigné font entendre, sur un ton moins violent, ce que l’empressement peut contenir de fatigue ou d’inattention. Le 29 juillet 1676, racontant à sa fille une journée passée à Versailles, elle note « combien on me demanda de vos nouvelles, combien on me fit de questions sans attendre la réponse ». L’empressement des courtisans laisse celle qui parle sans auditeur.[11] À Rennes, le 11 mai 1689, elle raconte les embrassades qu’impose la réception de la duchesse de Chaulnes, dans la chaleur et la poussière, puis la joie d’avoir retrouvé et embrassé son fils.[12] Tout le contraste tient dans l’expérience du geste. Les salutations publiques pèsent sur le corps, quand l’étreinte du fils lui rend le bonheur d’une présence. L’attention reçue donne à une même proximité tout son prix.

Cette sensibilité aux circonstances s’accompagne d’un travail d’éducation. Les Règles de la bienséance et de la civilité chrétienne, que Jean-Baptiste de La Salle publie en 1703, règlent avec minutie la posture, les gestes et la manière de se présenter à autrui.[13] Le manuel entre durablement dans la formation des enfants du peuple, et Yves Poutet en compte plus de cent vingt éditions jusqu’en 1875.[14] Par l’école, la civilité gagne les rencontres ordinaires. L’enfant apprend à tenir compte d’autrui dans sa voix et dans la place qu’il occupe, jusqu’à ce que la correction lui devienne une seconde nature.

Un souvenir de Talleyrand donne à cette tenue une tonalité affectueuse. Évoquant son enfance à Chalais, il rappelle le charme des manières et de la voix de son aïeule, à qui il dit devoir d’avoir appris à témoigner une affection sans familiarité excessive.[15] Dans cette mémoire aristocratique du XVIIIe siècle, la mesure appartient à la douceur même de la relation. Elle donne à l’affection une forme qui puisse être reçue avec agrément.

Les cercles intimes autorisent d’autres libertés, que la connaissance partagée rend faciles. Dans sa lettre à Sophie Volland du 15 octobre 1760, Diderot montre d’Holbach au Grandval, en robe de chambre et bonnet de nuit, lançant ses plaisanteries au père Hoop, surnommé « vieille momie ».[16] La liberté des propos répond à celle de la tenue, parce que les convives partagent déjà les habitudes de la maison. Le baron se tiendrait autrement devant des visiteurs auxquels la relation resterait à ouvrir.

John Moore observe en 1779 un autre degré de cette proximité. Les compliments qu’un Français adresse à une simple connaissance exposent l’Anglais à un malentendu, car leur traduction littérale suggère un engagement personnel que l’usage ne contient pas. Ceux qui les prononcent supposent leur sens compris, comme l’Anglais comprend les formules de déférence qui terminent ses lettres.[17] Ces paroles rendent l’accueil aimable et colorent l’échange d’une chaleur qui laisse à l’amitié le temps de naître.

Arthur Young éprouve cette diversité au fil de ses voyages. À Mignianne, le 27 septembre 1788, il trouve la famille de La Livonière déjà attablée. Ses hôtes l’invitent sans façon à partager leur repas, et son embarras se dissipe aussitôt. En août 1789, il s’indigne de la pauvreté des conversations politiques à la table d’hôte de Clermont, avant d’en trouver de très animées chez un médecin d’Issoire.[18] Le voyageur passe d’une table familiale attentive à des conversations dont l’animation dépend des personnes réunies et de la manière dont elles se rencontrent. Une maison peut offrir d’emblée la liberté que l’espace public lui avait refusée.

Le XIXe siècle et le raffinement de la retenue

Le XIXe siècle rend plus sensible encore l’attention portée aux degrés de la relation. Les manuels précisent à qui chaque geste s’adresse et en quelle occasion il convient, tandis que les récits de visiteurs montrent comment ces convenances se vivent, parfois avec une facilité qui en efface l’effort. À propos de la noblesse française, Claude-Isabelle Brelot distingue les manières acquises dans un milieu des règles explicitement formulées.[19] Le gentilhomme peut prendre avec les usages des libertés que l’apprentissage bourgeois, plus attaché à leur codification, s’accorde moins volontiers. Une règle longtemps pratiquée devient assez familière pour que celui qui la possède sache en assouplir l’application, quand celui qui cherche à l’acquérir s’en tient d’abord à la lettre. L’histoire de la tenue montre comment l’habitude transforme les conseils en façons d’être.

Chez Celnart, en 1833, l’hospitalité comporte des embrassades à l’arrivée et au départ. Au mariage, le baiser de tous les invités appartient aux usages de certaines familles bourgeoises, alors que les classes supérieures le réservent aux parents et à la sacristie. La visite de condoléance permet à une dame d’embrasser une personne même sans relations étroites. Le même manuel réprouve le fait de saisir les vêtements de son interlocuteur, de prendre une femme par la taille ou de lui toucher le genou.[20] La place accordée au contact dépend de ce que la situation permet de partager. L’embrassade de condoléance tire sa convenance de la peine commune, tandis que celles du mariage restent réglées par les usages du milieu et les liens de parenté. Le contact devient importun dès qu’il se détache de ces raisons de se rapprocher.

Lady Blessington, dans son témoignage publié en 1841, relève chez les domestiques français une liberté de parole que certains Anglais jugent inconvenante. Elle rapporte leurs plaintes, puis observe que les maîtres français peuvent écouter les explications de ceux qui les servent et s’intéresser à leur situation.[21] La relation hiérarchique admet une réponse et une conversation là où le visiteur britannique attendrait davantage de déférence. Le sentiment de familiarité naît du degré de parole accordé à chacun, autant que du ton sur lequel cette parole est prise.

Frances Trollope avait décrit dès 1835 une autre facilité parisienne. Au restaurant, les échanges entre inconnus sont parfois si animés qu’un Anglais prendrait les interlocuteurs pour de vieux amis. Elle goûte aussi la liberté avec laquelle les Parisiennes interviennent sur les sujets littéraires et politiques.[22] La rencontre trouve vite une matière commune, et la conversation vit avant même que les personnes aient entre elles une histoire. Cette promptitude à entrer dans l’échange nourrit la familiarité visible dont s’étonnent les étrangers.

George Sand associe, pour sa part, la dignité du service domestique à une distance qui préserve les personnes. Dans Histoire de ma vie, elle récuse l’avilissement de ceux qui servent, tout en déconseillant avec eux les confidences et les épanchements. Elle rattache cette règle à l’inégalité présente des positions et de l’éducation, et lui donne le caractère provisoire d’une conduite adaptée à la société de son temps.[23] La proximité reste soumise aux conditions dans lesquelles chacun peut l’accepter et en supporter les suites.

Ses souvenirs d’enfance font éprouver autrement la retenue. Une grand-mère imposante relâche à la campagne ses exigences de tenue. Dans un souvenir qu’elle situe avec hésitation vers l’été 1813, sa mère et sa grand-mère, qui se disputaient l’affection de l’enfant, se réconcilient par des baisers, sans prolonger les explications.[24] Le geste rend à une affection contrariée la force de se dire. Sa justesse tient à l’histoire de cette famille, dont il apaise pour un instant la querelle.

Les prescriptions familiales laissent également place à plusieurs appréciations de la tendresse. Frédéric Rouvillois cite Bradi contre les caresses familiales et Verardi en faveur d’une latitude laissée aux familles.[25] Dash, en 1868, exige le vouvoiement des parents après avoir célébré les baisers maternels et l’affection de la maison.[26] Le maintien de la déférence accompagne alors une proximité affectueuse. La réserve se loge dans la façon de s’adresser à l’autre et de reconnaître sa place, au sein même d’une vie familiale chaleureuse.

La campagne a aussi ses formes de mesure. Dans le mémoire qu’elle consacre à son mari, Eugénie Hamerton rapporte des expériences de l’Autunois, en 1874 et 1875, où elle relève la dignité des gens de la terre et le calme de leur accueil, sans que la conversation y perde ses droits.[27] Cette Française attentive à la vie bourguignonne trouve dans les rencontres rurales une qualité de présence que le modèle du salon suffirait mal à expliquer. Les façons de recevoir y tiennent à des habitudes locales, et leur simplicité laisse paraître le caractère des personnes comme la finesse de leur accueil.

Philip Gilbert Hamerton, son époux britannique, distingue plus nettement les lieux de la relation. Dans Human Intercourse, publié en 1884, il observe que des années de conversation au café laissent intacte la nécessité d’une invitation pour entrer au domicile.[28] Dans French & English, en 1889, il estime que le charme des premiers rapports avec les Français peut se prolonger longtemps sans conduire à l’intimité, et il oppose sévèrement leur hospitalité à celle des Anglais.[29] L’agrément de l’échange et l’accès à la maison suivent, dans son observation, deux rythmes différents.

Hamerton se souvient également d’un médecin qui converse librement et sur un ton d’intimité avec une dame qu’il connaît depuis des années, puis retrouve, au moment de prendre congé, des attitudes et des formules très cérémonieuses.[29] Le départ réintroduit une déférence que la conversation avait assouplie. La relation conserve plusieurs registres, que les circonstances font alterner sans effacer la proximité acquise.

La comparaison de Hamerton comporte aussi une chronologie des manières. Au XVIIIe siècle, Français et Anglais lui paraissent également cérémonieux. Dans la première moitié du XIXe, les Anglais abandonnent plus vite les anciennes formes, que les Français conservent. La seconde moitié du siècle lui semble annoncer un rapprochement vers une plus grande simplicité. Il estime encore que la politesse cérémonieuse et la rudesse peuvent décliner ensemble, au risque d’emporter certaines délicatesses.[29] Son diagnostic décrit plusieurs transformations simultanées, où la moindre solennité des usages accompagne un déplacement de ce qui paraît acceptable dans les rapports ordinaires.

Hamerton observe enfin que des gentilshommes français usent d’une politesse très appuyée pour se défendre contre une intimité indésirable, là où leurs homologues anglais recourent à une réserve plus froide.[29] La cérémonie peut donc protéger une distance tout en gardant les dehors de l’amabilité. L’étranger risque alors de prendre pour une ouverture ce qui sert aussi à régler les limites de la relation. Son témoignage est d’autant plus instructif qu’il reconnaît à cette société la grâce de ses échanges en même temps que la difficulté d’accéder à son intimité.

Mary King Waddington éprouve une autre difficulté dans les dîners parisiens des années 1876 à 1879. Américaine devenue l’épouse d’un homme politique français, elle se trouve tenue à l’écart par les conversations personnelles, les allusions et les sujets communs aux habitués. Son mari explique leur inattention par la conviction qu’elle partage leurs intérêts.[30] La facilité du groupe devient une distance pour celle qui y entre, parce que les convives oublient le travail d’accueil que sa présence demanderait. Le cercle se ferme par cela même qui rend la rencontre légère à ses membres.

Le temps transforme pourtant ses premières impressions. Pontécoulant, d’abord jugé raide, devient un ami fidèle, et les réceptions officielles lui apprennent à distinguer les salutations d’apparat de celles de la vie intime.[30] Dans Chateau and Country Life in France, elle évoque les soirées graves d’une maison proche de Villers-Cotterêts, marquée par la mort d’une fille, et les compare aux réunions plus animées de sa famille américaine. Au fil des soirées consacrées à la musique ou à la lecture, les échanges font naître peu à peu la proximité, tandis que d’autres maisons lui offrent d’emblée un accueil plus libre.[31] Le deuil et l’histoire familiale donnent à cette réserve une profondeur que la première comparaison nationale laissait échapper.

À la fin du siècle, les manuels de salutations portent sur le geste une exigence particulièrement fine. Les Usages du siècle, en 1895, critiquent la poignée de main distribuée sans discernement, mais aussi la main molle et les quelques doigts offerts avec froideur.[32] En 1908, le manuel signé F. G.-M. admet les embrassades entre parents et amis intimes lors des retrouvailles ou d’occasions particulières, tout en les limitant dans l’espace public.[33] Le Manuel de la politesse des usages du monde et du savoir-vivre, signé Mme J.-J. Lambert et publié sans date, ajoute à ces conseils le regret d’un geste autrefois plus engageant, dont il déplore la banalisation.[34] La franchise du geste demeure nécessaire à l’agrément de la relation, pourvu que sa fréquence convienne à ceux auxquels il s’adresse et à l’occasion qui les réunit.

Ces distinctions donnent un contenu précis au raffinement de la retenue. L’éducation du corps règle l’offre d’un contact selon ce que l’autre peut recevoir, jusqu’à donner à la retenue elle-même la force d’une présence. La réserve prend alors la forme d’une attention, dont la délicatesse demande autant de discernement que de maîtrise. Dans ces milieux, la retenue compose la proximité, et les libertés de conversation comme les effusions familiales continuent d’y trouver leur place.

Au XXe siècle, de nouveaux lieux et de nouveaux regards

En 1919, Edith Wharton décrit les manières françaises à l’intention de ses compatriotes, avec la sympathie d’une écrivaine profondément attachée à la France. Certaines cérémonies américaines lui paraissent gêner la liberté des rapports sociaux, alors que des libertés de posture ou de comportement, ordinaires aux États-Unis, peuvent sembler déplacées à un Français.[35] La convenance se distribue différemment selon les domaines de la vie. Chaque visiteur arrive avec une sensibilité formée ailleurs, qui lui rend aussitôt perceptibles certains excès et laisse d’autres habitudes dans l’évidence.

Dans un article de 1939, Gabriel-Louis Pringué se souvient des sorties clandestines de sa jeunesse avec les demoiselles d’Hinnisdal et leurs proches. Le petit groupe évite les connaissances et gagne un restaurant modeste à Saint-Cloud, où les jeunes femmes fument. La correction des attitudes demeure pourtant celle du salon.[36] Le récit fait paraître une liberté nouvelle, celle de sortir et de choisir ses compagnons, portée par une tenue déjà acquise. L’éducation accompagne les jeunes gens jusque dans les occasions où ils échappent à la surveillance familiale.

La rencontre franco-américaine de la Libération met ces attentes à l’épreuve d’un contexte autrement rude. En 1944, A Pocket Guide to France met en garde les soldats américains contre les libertés physiques déplacées envers les femmes et leur rappelle la conduite attendue d’invités respectueux des familles.[37] Le guide cherche à prévenir un malentendu que la réputation de légèreté française pourrait encourager. L’année suivante, 112 Gripes about the French répond aussi bien au reproche de ne pas être invité dans les maisons françaises qu’à l’étonnement devant les baisers échangés en public, notamment entre hommes.[38] Aux yeux d’un même public, une société peut paraître réservée dans son hospitalité et démonstrative dans ses salutations. La frontière de la maison et la chaleur du geste obéissent à des usages distincts.

Edward T. Hall porte en 1966 l’observation vers l’espace et le corps. Dans The Hidden Dimension, il décrit des proximités rencontrées dans les cafés et un regard direct qui peuvent surprendre les Américains. Il rapporte aussi le sentiment de plusieurs Américaines qui, rentrées de France, éprouvent l’absence de regards comme l’impression de ne plus être remarquées.[39] L’attention se fait sentir dans une manière de regarder ou de partager un espace, jusque dans des relations passagères. La protection de la vie domestique s’accorde, dans les situations qu’il décrit, avec une présence corporelle plus proche que celle qu’attendent ses compatriotes.

L’apprentissage de la retenue se saisit au plus près dans l’enquête que Béatrix Le Wita consacre en 1988 à la culture bourgeoise. Un enfant entre en courant dans le salon. Un regard l’arrête, puis quelques paroles bienveillantes, et il apprend à traverser la pièce d’un pas mesuré, à trouver sa place sans imposer à tous l’éclat de sa voix. Les repas ordinaires transmettent ces habitudes dans la répétition des manières de manger et de demeurer ensemble. La même enquête relève pourtant les petites entorses aux usages que les familles conservent et racontent avec amusement, souvenirs d’aïeux ou bizarreries de table qui nourrissent les plaisanteries du groupe.[40] La tenue se transmet au milieu d’une affection qui rend la correction supportable, et l’histoire commune donne aux libertés familiales leur saveur.

Rendant compte de L’Enfance au château d’Éric Mension-Rigau, Serge Chassagne souligne la cohérence d’une éducation où la maîtrise du corps ne se sépare ni du cadre de vie ni des valeurs transmises.[41] La tenue s’y rattache aux habitudes d’un milieu, et la correction y prend une part de son sens dans les relations familières. La retenue se distingue alors de la raideur. Une règle appliquée avec inquiétude alourdit l’échange, alors qu’une maîtrise devenue familière rend l’écoute plus disponible et laisse répondre sans embarras à l’imprévu. Le raffinement tient à cette tenue qui ne fait plus sentir sa surveillance. L’enfant arrêté sur le seuil apprend la mesure qui lui permettra un jour d’y entrer avec aisance, sans gêner celle des autres, et la correction devient pleinement relationnelle lorsqu’elle laisse à chacun la liberté de prendre part au moment partagé.

Raymonde Carroll examine les malentendus que ces habitudes domestiques peuvent provoquer. Dans Évidences invisibles, en 1987, des visiteurs américains suivent leurs hôtes dans la cuisine ou le bureau, croyant leur témoigner de l’attention ou leur épargner une peine, tandis que les hôtes ressentent une intrusion.[42] L’invitation ouvre une rencontre dont les lieux restent réglés par ceux qui reçoivent. Une intention obligeante devient importune lorsqu’elle suppose une liberté que l’accueil n’avait pas accordée.

Une autre scène de Carroll montre combien le retrait lui-même peut changer de sens. Une étudiante américaine, se sentant enfin chez elle, gagne directement sa chambre et ferme la porte. La famille qui l’héberge reçoit ce mouvement comme un éloignement.[42] La jeune femme exprime son bien-être par la possibilité de s’isoler, quand ses hôtes attendent une présence et un salut. L’intimité engage donc aussi la manière de demeurer ensemble, avec les attentions que chacun croit comprises sans avoir à les demander.

Les occasions de rencontre se transforment en même temps que les habitudes. Revenu à Roussillon après son premier séjour de 1950, Laurence Wylie constate en 1987 que les réunions régulières au Café des Sports, à l’heure de l’apéritif, se sont raréfiées. Les déplacements, les achats en grande surface, la télévision et la dispersion des relations ont changé les façons de se retrouver. La curiosité pour les voisins, parfois malveillante, poussait autrefois à la discrétion, et l’élargissement des réseaux atténue cette surveillance, au point de permettre, selon lui, de vivre plus ouvertement.[43] La familiarité quotidienne perd certains de ses lieux, tandis que les personnes gagnent une liberté nouvelle dans l’usage de leur temps. L’apparence de réserve peut tenir à la disparition des circonstances qui rendaient les rencontres fréquentes.

La proximité et ses degrés

Les recherches sur des échanges franco-australiens permettent d’observer les rapports au plus près de leur déroulement. Christine Béal étudie les habitudes conversationnelles dans une entreprise française installée en Australie, tandis que Kerry Mullan analyse les façons de participer et de marquer un désaccord.[44][45][46] Une discussion vive peut entretenir l’engagement des interlocuteurs. L’objection prend son sens dans le cours de l’échange, selon la manière dont elle est formulée et les attentes de ceux qui la reçoivent. L’animation de la conversation devient alors une manière de rendre sensible l’intérêt porté à une présence.

Christine Béal et Véronique Traverso comparent les premières minutes de visites entre amis dans deux corpus, l’un français, l’autre australien. Dans les visites enregistrées à Lyon en 1985–1987, les salutations sont plus effusives et l’affection plus explicitement manifestée que dans celles enregistrées à Melbourne en 2003.[47] La chaleur entre proches prend ici une forme expressive, à l’époque même où d’autres travaux font paraître la protection de l’intimité domestique. L’entrée dans une relation et les libertés qu’elle permet une fois établie suivent des logiques dont le regard extérieur confond aisément les degrés.

Les mots d’amitié relèvent de la même articulation. Moore avait expliqué le malentendu des compliments, dont la traduction littérale pouvait faire croire à une amitié déjà constituée.[17] Hamerton décrit de son côté des correspondants qui le reçoivent cordialement et lui écrivent avec une grande déférence. Plusieurs formules mêlant affection et cérémonie précèdent « mon cher ami », réservé à une intimité véritable.[29] Les formules ont des degrés que seule l’histoire de la relation permet de comprendre. Leur sonorité affectueuse signale une proximité dont les usages et les circonstances précisent la portée.

Ce que révèle la bonne distance

De l’accueil royal au seuil d’un salon, ces scènes font paraître une exigence qui revient sans cesse. La proximité vaut par la manière dont elle est reçue, et la faveur même du prince peut gêner l’ambassadeur auquel elle s’adresse lorsque son empressement compromet le cérémonial de la mission. La même difficulté traverse la sociabilité des dîners. Waddington demeure étrangère à une conversation d’autant plus facile pour ses voisins qu’ils oublient ce qu’elle ignore de leur monde. Chez Sévigné, le poids des salutations publiques se mesure à la joie des retrouvailles avec son fils. Chaque scène fait éprouver les effets d’une présence dont la convenance se règle sur les personnes et sur ce qu’elles vivent ensemble.

Le raffinement de la retenue se reconnaît à la qualité de cette attention. Une limite domestique peut préserver l’agrément d’une invitation, comme une déférence maintenue peut accompagner la tendresse familiale. Les manuels en précisent les conditions, et les récits montrent combien leur application dépend de la relation. Leurs exemples donnent à connaître des apprentissages situés, où la réserve s’accorde avec des libertés de parole et des effusions parfois très vives. La diversité de ces usages demeure sensible jusque dans les comparaisons d’une même époque.

Cette histoire éclaire l’art de vivre à la française lorsqu’il est entendu comme un art de passer un moment. L’attention aux convenances aide chacun à trouver sa place dans une rencontre dont le plaisir dépend aussi de la liberté laissée aux autres. L’accueil qui dissipe l’embarras ouvre cette possibilité, et la conversation l’entretient lorsqu’elle fait place à une voix nouvelle. La retenue y contribue lorsqu’elle ménage le temps d’un rapprochement, avec assez de naturel pour que le respect d’une limite soit reçu comme un égard.

La bonne distance se compose au fil de la relation. Elle demande de sentir ce que la présence de l’autre permet à cet instant, au lieu de déduire d’un accueil chaleureux les libertés d’une intimité déjà acquise. Dans les manières françaises que ces sources donnent à connaître, familiarité et réserve concourent à cet ajustement. Leur histoire fait apparaître un art de la proximité dont la mesure se règle sur la place laissée à l’autre et sur le plaisir de la rencontre.

Cyril Brun, docteur en histoire, professeur d’art de vivre à la française, chercheur associé GrHis – Université de Rouen

Notes et sources

[1] Associated Press, « The Pope and Emmanuel Macron Hug it Out in Photo After Remarkably Long Meeting », Time, 26 juin 2018.

[2] Jean de Joinville, Vie de Saint Louis, première partie, échange avec Robert de Sorbon et invitation faite à Philippe et à Thibaut de Navarre, dans Mémoires de Joinville, éd. Petitot, Collection complète des mémoires relatifs à l’histoire de France, t. II, Paris, Foucault, 1824. Récit rétrospectif.

[3] Marc H. Smith, « Familiarité française et politesse italienne au XVIe siècle. Les diplomates italiens juges des manières de la cour des Valois », Revue d’histoire diplomatique, t. 102, nos 3–4, 1988, p. 193–232, notamment p. 195–203. L’étude reproduit et référence les dépêches diplomatiques ainsi que le passage de Baldassar Castiglione, Il libro del cortegiano, livre II, chapitre 21.

[4] Félix et Thomas Platter à Montpellier, 1552–1559 — 1595–1599. Notes de voyage de deux étudiants bâlois, Montpellier, Camille Coulet, 1892, récit de Félix, p. 23, Sernhac, 29 octobre 1552, et p. 85–86, Gillette d’Andrieu et les danses chez Rondelet. La seconde anecdote figure dans le récit de 1554 sans date précise. Exemplaire de l’ETH Zürich.

[5] Michel de Montaigne, Essais, livre III, chapitre 5, « Sur des vers de Virgile », passage sur les baisers imposés aux femmes. Texte de l’édition de 1595.

[6] Érasme, lettre à Fausto Andrelini, Angleterre, été 1499, no 103, dans De correspondentie van Desiderius Erasmus, t. I, trad. M. J. Steens, 2004, p. 201–202. Lettre plaisante sur les usages de salutation anglais.

[7] Molière, Le Misanthrope, 1666, acte I, scène 1, vers 17–64, éd. Charles Louandre, 1910.

[8] La France galante, dans Histoire amoureuse des Gaules, éd. Paul Boiteau, t. II, Paris, 1857, page numérisée 390. Le passage appartient aux textes et continuations réunis dans cette édition sous le nom de Bussy-Rabutin. Récit du grand deuil de Montespan.

[9] Fanny Népote-Desmarres, « L’exil et la cour chez Bussy-Rabutin », Cahiers de l’Association internationale des études françaises, no 43, 1991, p. 45–58, notamment p. 45 et notes 2–3 sur les disgrâces et l’affaire de l’Histoire amoureuse des Gaules. DOI 10.3406/caief.1991.1752.

[10] Saint-Simon, Mémoires, éd. Adolphe Chéruel, Paris, Hachette, 1858, t. XX, chapitre III, p. 36–67, portrait de Lauzun à l’occasion de sa mort, le 19 novembre 1723. Le récit de l’épée brisée est rétrospectif.

[11] Mme de Sévigné, Lettres, éd. Monmerqué, Paris, Hachette, 1862, t. IV, lettre no 563 à Mme de Grignan, 29 juillet 1676.

[12] Mme de Sévigné, Lettres, éd. Monmerqué, Paris, Hachette, 1862, t. IX, lettre no 1175 à Mme de Grignan, Rennes, 11 mai 1689.

[13] Jean-Baptiste de La Salle, Les Règles de la bienséance et de la civilité chrétienne, 1703, première partie, sur le maintien et les différentes parties du corps. Texte publié par l’Institut des Frères des écoles chrétiennes.

[14] Yves Poutet, « L’éducation du caractère et des mœurs des enfants du peuple d’après les écrits de saint Jean-Baptiste de La Salle », Littératures classiques, no 14, 1991, p. 179–201, sur les destinataires et la diffusion des Règles.

[15] Charles-Maurice de Talleyrand, Mémoires, publiés par le duc de Broglie, t. I, Paris, Calmann Lévy, 1891, p. 8–13, particulièrement p. 12–13. L’aïeule appelée grand-mère dans le récit est son arrière-grand-mère.

[16] Denis Diderot, Lettres à Sophie Volland, lettre XLV, 15 octobre 1760, dans Œuvres complètes, éd. Assézat–Tourneux, Paris, Garnier, 1876, t. XVIII, p. 492–502.

[17] John Moore, A View of Society and Manners in France, Switzerland, and Germany, 1779, vol. I, lettre X, p. 68–75, particulièrement p. 68–70 sur les compliments et leur interprétation.

[18] Arthur Young, Travels in France during the Years 1787, 1788, 1789, éd. M. Betham-Edwards, 1909, p. 135–136, 27 septembre 1788, Mignianne, et p. 237–239, 13–14 août 1789, Clermont et Issoire.

[19] Claude-Isabelle Brelot, « Savoir-vivre, savoir-être. Attitudes et pratiques de la noblesse française au XIXe siècle », Romantisme, no 96, 1997, p. 31–40.

[20] Élisabeth Celnart, Manuel complet de la bonne compagnie, ou Guide de la politesse et de la bienséance, Naples, A. Tramater, 1833, p. 85–86 pour les gestes inconvenants, quatrième partie, chapitre IV, « Des devoirs de l’hospitalité », p. 196–197 pour le mariage et p. 207 pour les condoléances. Première partie, chapitre III, sur les égards dans l’intimité conjugale.

[21] Marguerite Gardiner, comtesse de Blessington, The Idler in France, 1841, chapitre XV, sur les rapports entre maîtres et domestiques en France et en Angleterre.

[22] Frances Trollope, Paris and the Parisians in 1835, 1836, vol. II, lettre XLVII sur les conversations au restaurant, lettre LI, p. 96–99, sur la conversation des Parisiennes, et lettre LIII sur les méconnaissances réciproques.

[23] George Sand, Histoire de ma vie, troisième partie, chapitre VI, sur les rapports avec les domestiques et le caractère provisoire des prescriptions dans la société présente.

[24] George Sand, Histoire de ma vie, éd. Wolfgang Gerhard, 1855, t. V, chapitre IV, tenue à la campagne, et chapitre VI, p. 141–143, réconciliation de la mère et de la grand-mère. L’autrice situe ce dernier souvenir vers l’été 1813 avec hésitation.

[25] Frédéric Rouvillois, Histoire de la politesse de 1789 à nos jours, Paris, Flammarion, 2006, rééd. 2008, citant Bradi, Du savoir-vivre en France au XIXe siècle, 4e éd., 1853, p. 157, et Louis Verardi, Almanach de la politesse. Nouveau guide pour se conduire dans le monde, Paris, Passard, 1853, p. 6.

[26] Dash, Comment on fait son chemin dans le monde. Code du savoir-vivre, Paris, Michel Lévy frères, 1868, p. 127–130, particulièrement p. 129 sur le vouvoiement des parents.

[27] Eugénie Hamerton, mémoire constituant la seconde partie de Philip Gilbert Hamerton. An Autobiography, 1834–1858, and a Memoir by His Wife, 1858–1894, 1896, récit des années 1874–1875 dans l’Autunois.

[28] Philip Gilbert Hamerton, Human Intercourse, 1884, éd. Boston, Little, Brown, 1898, essai XVII, « Intercourse with Strangers », p. 247–248.

[29] Philip Gilbert Hamerton, French & English. A Comparison, Londres, Macmillan, 1889, chapitre « Manners », p. 298–300 sur les formules de correspondance et le médecin, et p. 302–305 sur l’évolution comparée des usages cérémonieux, la sociabilité, l’hospitalité et la politesse employée à maintenir une distance.

[30] Mary King Waddington, My First Years as a Frenchwoman, 1876–1879, New York, Charles Scribner’s Sons, 1914, début du récit, sur les dîners parisiens, Pontécoulant et les réceptions officielles. Souvenirs rétrospectifs des années indiquées dans le titre.

[31] Mary King Waddington, Chateau and Country Life in France, 1909, début de l’ouvrage, sur le château proche de Villers-Cotterêts, le deuil familial et les soirées.

[32] Une Parisienne, Les Usages du siècle. Lettres sur le savoir-vivre, Paris, A. Deslinières, 1895, « Shake-hand », p. 203–204.

[33] F. G.-M., Manuel de politesse à l’usage de la jeunesse. Savoir-vivre, Savoir-parler, Savoir-écrire, Savoir-travailler, Tours, A. Mame et fils, et Paris, Vve Ch. Poussielgue, 1908, chapitre VII, section II, p. 66–67.

[34] Mme J.-J. Lambert, Manuel de la politesse des usages du monde et du savoir-vivre, Paris, Delarue, s.d., section « La poignée de main ». Le texte est attribué à Jules Rostaing dans le catalogue de Project Gutenberg.

[35] Edith Wharton, French Ways and Their Meaning, New York et Londres, D. Appleton, 1919, « In Conclusion », p. 140–141.

[36] Gabriel-Louis Pringué, « Trente ans de dîners en ville », Adam, 15 août 1939, p. 42–43. Transcription publiée par Karl-Michael Hoin.

[37] United States Army, A Pocket Guide to France, Army Information Branch, Army Service Forces, 1944, sections « You’re a Guest of France » et « Mademoiselle ». Rééd. sous le titre Instructions for American Servicemen in France during World War II, Chicago, University of Chicago Press, 2008, p. 18–20.

[38] 112 Gripes about the French, Information and Education Division, Paris, 1945, grief no 3 sur les invitations et nos 62–63 sur les baisers publics. Réédition de la Bodleian Library.

[39] Edward T. Hall, The Hidden Dimension, New York, Doubleday, 1966, p. 144–146, sur les usages de l’espace et du regard en France.

[40] Béatrix Le Wita, Ni vue ni connue. Approche ethnographique de la culture bourgeoise, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 1988, p. 84–89, particulièrement p. 87.

[41] Serge Chassagne, compte rendu d’Éric Mension-Rigau, L’Enfance au château. L’éducation familiale des élites françaises au XXe siècle, Paris, Rivages, 1990, dans Histoire de l’éducation, no 50, 1991, p. 145–147, particulièrement p. 146–147.

[42] Raymonde Carroll, Évidences invisibles. Américains et Français au quotidien, Paris, Seuil, 1987, chapitre sur la maison. Trad. Carol Volk, Cultural Misunderstandings. The French-American Experience, Chicago, University of Chicago Press, 1988, chapitre 1, « Home ».

[43] Laurence Wylie, « Roussillon, un village dans le Vaucluse, 1987 », Terrain, no 11, 1988, p. 29–50, paragraphes 86–89. DOI 10.4000/terrain.3312. La comparaison porte sur les séjours de l’auteur en 1950 et en 1987.

[44] Christine Béal, « Les stratégies conversationnelles en français et en anglais. Conventions ou reflet de divergences culturelles profondes ? », Langue française, no 98, 1993, p. 79–106. Corpus constitué dans une entreprise française en Australie, avec une trentaine d’entretiens et une quinzaine d’heures de conversations.

[45] Kerry Mullan, « How the French get Engaged. An analysis of French interactional style », actes de l’Australian Linguistic Society, 2001, p. 2–3. Quatre conversations de quarante-cinq minutes, huit participants, dont deux servent d’interlocuteurs aux six participants analysés.

[46] Kerry Mullan, « I couldn’t agree more, but… Agreeing to disagree in French and Australian English », dans N. Auger, C. Béal et F. Demougin (dir.), Interactions et interculturalité. Variété des corpus et des approches, Peter Lang, 2012, p. 319–346.

[47] Christine Béal et Véronique Traverso, « “Hello, we’re outrageously punctual”. Front door rituals between friends in Australia and France », Journal of French Language Studies, vol. 20, no 1, 2010, p. 17–29. DOI 10.1017/S095926950999041X. Douze débuts de visite dans chaque corpus, Lyon 1985–1987 et Melbourne 2003. La différence des dates et des milieux étudiés limite la portée de la comparaison.