Pastiche libre autour d’un personnage de Cyrano de Bergerac
(Cuisine douce.
Le feu chante bas.)
RAGUENEAU
Jaune est la poudre,
et bas son ton,
elle n’entre point comme clairon.
Point pour piquer,
point pour briller,
mais pour remettre à leur métier
le ventre las,
la bile lente,
la chaleur lourde et mal passante.
Elle dit au feu :
travaille encore,
mais sans colère
et sans effort.
Elle dit aux graisses :
passez droit,
et au repos :
approche-toi.
Sans gras, hélas,
elle se tait,
muette couleur,
vain apprêt.
Mais portée d’huile,
douce escorte,
elle entre en chair
comme une note.
Une pincée —
point davantage :
trop la rend rude,
assez la rend sage.
Elle ne donne point le sommeil,
non —
mais elle ôte
ce qui le surveille.
Jaune sans bruit,
chaude sans brûlure,
elle ne promet rien —
mais elle tient
la mesure.
(La marmite se couvre.
Silence.)
Coda — Ce que Ragueneau tait sans le nier
Il est des soirs où la mesure suffit,
où le corps demande qu’on l’aide à se remettre
sans éclat ni bravade.
Mais il est aussi des nuits
où l’on choisit la table pleine,
le rire trop fort,
le verre de trop.
Alors Ragueneau n’accuse pas.
Il se tient simplement prêt.
Car si Falstaff prend la nuit,
Ragueneau, lui,
attend le lendemain.
