La dévotion à Marie sine macula — sans tache — s’est développée au Moyen Âge en Normandie.
La fête du 8 décembre y fut appelée « Fête aux Normands ».
Elle fut source d’une riche efflorescence artistique.
Poètes et maîtres verriers exaltent la beauté de Marie.
Le maître verrier est, selon un poète, image du Créateur.
Et la verrière figure Marie :
par cette fenêtre restée intacte passe la lumière.

Sur un vitrail de l’église Sainte-Foy de Conches-en-Ouche, dans l’Eure, Marie apparaît dans toute sa beauté.
Sous la figure du Père éternel se déploie un phylactère portant l’inscription :
Tota pulchra es, amica mea, et macula non est in te
— « Tu es toute belle, mon amie, et il n’y a point de tache en toi » (Ct 4,7).
La beauté de Marie manifeste ici sa conception préservée du péché originel.
Ce privilège exclusif est encore indiqué par deux anges, qui présentent les mots :
« Seule sans sy en sa conception ».
Sur un fond bleu se détache la figure de Marie, vêtue d’une robe de lourd damas mauve, drapée d’un souple manteau blanc.
Les mains jointes.
Le visage calme.
Recueilli.
Autour d’elle se déploient les symboles bibliques de sa conception sans tache.
Représentés et nommés, ils évoquent les versets de l’Écriture appliqués à Marie.
À gauche de son visage, un soleil rayonnant porte la mention electa ut sol (Ct 6,10) :
« brillante comme le soleil ».
La pleine lune lui répond : pulchra ut luna —
« belle comme la lune ».
L’étoile de la mer, stella maris, relève de l’étymologie médiévale de stilla maris,
« goutte de mer », traduction de l’hébreu mir-iam, le nom même de Marie.
À droite apparaît la Porte du Ciel — porta caeli (Gn 28,17).
Elle évoque le pouvoir médiateur de Marie, qui donne accès au Royaume de Dieu.
Cette invocation, familière aux fidèles, revient fréquemment dans les prières mariales.
À côté, un rosier fleuri — plantatio rosae — renvoie au discours de la Sagesse :
« J’ai grandi comme les plants de rose de Jéricho » (Si 24,14).
Dès le Ve siècle, la dévotion mariale magnifie le symbolisme de la rose.
Elle se développe au XIIIe siècle avec le rosaire.
Sous la Porte du Ciel, le puits d’eaux vives (Ct 4,15) évoque aussi la rencontre de Jésus et de la Samaritaine au puits de Jacob.
L’eau vive, c’est le Christ.
Marie est le puits qui la donne.
Nommer Marie, c’est dire ce qui transmet.
De part et d’autre du puits apparaissent le bel olivier — oliva speciosa —
et la tige de Jessé — virga Jesse.
Isaïe l’annonce :
« Un rameau sortira de la souche de Jessé, un rejeton jaillira de ses racines » (Is 11,1).
Par un jeu sur virga / virgo, ce symbole est appliqué à Marie.
Elle est cet « olivier fertile dans la maison de Dieu » (Ps 51 [52],10).
Près de l’épaule gauche de la Vierge s’épanouit un bouquet de lis,
portant l’inscription sicut lilium inter spinas :
« Tel le lis entre les épines, telle est mon amie entre les fleurs » (Ct 2,2).
Le lis, resplendissant de blancheur au milieu d’un environnement hostile,
figure le privilège marial.
Symétrique de la Porte du Ciel, s’élève à droite la Tour de David — turris Davidica, turris eburnea.
Issue de la descendance de David, Marie est protection sûre contre les forces du mal.
Tourné vers Marie, le miroir sans tache — speculum sine macula — fait pendant au visage de la lune.
Il reflète la beauté de celle qui est « belle comme la lune ».
Ce miroir conduit à appliquer à Marie l’éloge de la Sagesse :
« Elle est une effluve de la puissance de Dieu,
un reflet de la lumière éternelle,
un miroir sans tache de l’activité de Dieu » (Sg 7,26).
En retrait apparaît le cèdre du Liban — cedrus exaltata in Libano (Si 24,13).
Arbre précieux, planté par Dieu auprès des eaux.
Symétrique du puits, la fontaine des jardins — fons hortorum — évoque la maternité de Marie.
En avant s’étend le jardin clos — hortus conclusus —
symbole de sa virginité dans la maternité divine.
Il prend ici l’aspect d’un jardin médiéval, protégé par une clôture de treillis contre les vents mauvais.
La représentation de Marie entourée des symboles bibliques exaltant sa conception immaculée est fréquente dans la première moitié du XVIe siècle.
Elle devient plus rare après 1560, sous l’effet des controverses théologiques.
Françoise Thélamon
Professeur d’histoire du christianisme
