Crime gourmand à Saint-Malo –

Le roman-guide touristique

J’imagine que c’est fort de ma passion dévorante pour la cité corsaire que m’a été confiée la tâche de rendre compte de cette neuvième enquête du commissaire Dupin, signée Jean-Luc Bannalec.

Et s’il est vrai que, loin de la côte d’Émeraude, il m’a été plaisant de traverser en pensée ruelles et ports, plages et digues de Saint-Malo et de Dinard, la rivale qui lui fait face, il fallut bien mon addiction rêveuse aux souvenirs malouins pour aller au bout d’un roman fastidieux — pour ne pas dire pénible à lire.


Un style monolithique

Le style d’abord.

Monolithe, convenu, il confine rapidement à l’ennui.

Une myriade de descriptions et de faits totalement étrangers au déroulé de l’enquête s’égrènent à perte de pages. De bout en bout, une seule et même plume, sans distinction entre narration et dialogues. Les protagonistes parlent comme on écrit, avec les mêmes accents, les mêmes tics que le narrateur.

On pourrait gommer nombre d’échanges qui n’apportent ni fraîcheur, ni légèreté, ni rythme. Le tout forme un long monologue descriptif, où la parole n’allège jamais le récit.


Une enquête cousue d’avance

L’enquête ensuite, menée à gros traits, cousus d’avance.

L’inspecteur passionné d’Histoire en fait trop avec ses sempiternelles digressions sans rapport avec le fil de l’enquête pour ne pas apparaître, dès les premières pages, comme la clé évidente de la résolution.

Trois cents pages de piétinement, pour s’achever sur une illumination du héros surgie de nulle part, suivie de cinquante pages destinées à tenter d’en justifier l’évidence tardive.


Un guide touristique déguisé

Le contenu, enfin, semble surtout servir de prétexte à un guide touristique romancé.

Et en cela, l’idée est excellente.

On apprend beaucoup sur les cités, leur histoire, la gastronomie locale, le vin, le rhum. C’est là l’intérêt majeur du livre, celui qui l’emporte sur l’ennui du lecteur. Une sorte de résumé romancé d’articles issus des rubriques touristiques de la presse locale.

L’idée est brillante.

Le rendu, en revanche, l’est beaucoup moins.


Gourmandise ou lourdeur ?

Outre une enquête mal ficelée et un style littéraire monocorde, la gourmandise du héros — reflet évident de celle de l’auteur — transpire parfois un libidineux aux portes de l’écœurement.

Et c’est probablement là l’origine d’une critique aussi sévère, bien éloignée de mes habitudes.


Pourquoi en parler, alors ?

Pourquoi parler de ce livre, malgré tout ?

Pour son intérêt culturel et touristique.

Ce guide malouin déguisé en roman pourrait aisément se prêter à un grand jeu de piste à la découverte de la cité de Surcouf et de tant d’autres figures qui ont façonné son histoire.

À ce titre, le livre mérite d’être signalé, sinon pour ses qualités littéraires, du moins pour l’itinéraire qu’il propose au lecteur-voyageur.


Par Cyril Brun

Docteur en sciences humaines, critique gastronomique

Crime gourmand à Saint-Malo, Jean-Luc Bannalec

Les Presses de la Cité