Si, il y a exactement 10 ans, l’association IN VIGNO MERITAS est créée pour planter une vigne sur le Mont-Fortin à Rouen, il faut rappeler que Rouen a plus de 2000 ans d’histoire avec la vigne et le vin !
En effet, à mi-chemin entre Lutèce et Londinium, avec sa remontée de la marée à l’intérieur des terres, à la croisée des routes commerciales nord-sud , Rotomagus (Rouen) avait une position idéale pour être un port fluvial et maritime. Les Romains l’ont développé avec un premier quai de chargement pour approvisionner en vins les légionnaires en Angleterre.
Déjà, vers 50 avant Jésus-Christ, le géographe grec Strabon écrit que Rotomagus (Rouen) constitue un grand foyer de relations maritimes avec l’Angleterre : « On peut remonter le Rhône fort loin et transporter ainsi les marchandises en différents endroits, car la Saône et le Doubs, qui sont des rivières navigables et propres à porter de grosses charges, se jettent dans le Rhône. Depuis la Saône jusqu’à la Seine, on voiture les marchandises par terre. C’est
en descendant cette rivière qu’on les transporte dans le pays des Lexoviens (peuples celtes gaulois habitant une partie de la Normandie) et des Calètes (peuples celtes gaulois habitant les pays de Caux et de Bray, et de là, par l’Océan, en moins d’un jour, dans la Bretagne ».
Avec le développement du commerce des vins romains, puis des vins français, le port de Rouen n’a jamais cessé de progresser. En 629 : le roi Dagobert mentionne le port de Rouen comme un endroit où l’on peut se procurer du vin en quantité importante. En 779, l’empereur Charlemagne supprime la taxe sur le fret des navires venant à Rouen ; la ville
onnaît une période de prospérité jusqu’en 840 quand le roi Charles II le Chauve visite Rouen et compte 28 navires dans le port. Ensuite, les vikings ont quelque peu troublé la situation…

On attendra Guillaume Le Conquérant pour voir Rouen s’engager dans sa deuxième période de grande prospérité du Moyen Age à la guerre de Cent Ans.
Si la vigne était présente en Normandie dès l’époque romaine, avec des traces retrouvées à partir du VIIème siècle, elle se développe au XIème sous les ducs de Normandie. Les
abbayes produisaient beaucoup de vins pour leurs offices, pour l’hospitalité des pèlerins et pour la vente. Les conditions climatiques relativement favorables et les profits obtenus par
la vente de vins en Angleterre, Hollande ,… ont encouragé les normands à cultiver la vigne.
La viticulture normande a atteint son apogée au XIIème siècle ; la Normandie fut alors la première région viticole de France.
Par la suite les vignes autour de Paris et en Bourgogne ont pris la supériorité en quantité et en qualité. Surtout, le siège par les Anglais (1418), le refroidissement du climat (grand hiver de 1480), les épisodes de peste (1512), les guerres de religion (1562), les excès de taxes (1631), les facilités d’approvisionnement de vins de Gascogne, l’acclimatation des pommiers à cidre et les maladies – phylloxera (1864) ont anéanti la filière viticole normande (**).
Pour autant, l’activité portuaire de commerce n’a jamais cessé de progresser en exportant les vins de France.
Au Moyen Age, en étant le 1er port viticole de France, Rouen a gardé sa prospérité et a su engager la construction de nombreuses et magnifiques architectures gothiques (Rouen, la ville aux cent clochers) où la vigne est magnifiée avec des pampres jusqu’aux sommets de toutes les flèches. La richesse du commerce de vins se traduit aussi par la multitude de têtes de Bacchus visibles dans Rouen.

Ensuite, les activités de négoce de vins sur le port s’amplifient régulièrement pour atteindre un record européen de stockage de 350.000 hectolitres dans les années 1970.
Ainsi, Rouen aura été 1er port de France pour les vins à deux époques de son histoire : au Moyen Age, en exportant les vins de France (Normandie, Paris, Chablis), puis au 20ème siècle, en important les vins d’Afrique du Nord.

Par Philippe Rivals
Président de In Vigno Meritas
() l’expérience porte sur une surface de 0.2ha avec un ensemble de 1431 pieds de vigne de différents cépages en raisins blancs dont Solaris, Gewurztraminer et Bacchus, (*) Le réchauffement climatique actuel encourage au retour de la vigne en Normandie.
L’Association des Vignerons de Normandie, créée en 2022, compte plus de 60 vignerons
