Il y avait de nombreuses années que je n’étais pas retourné dans ce charmant restaurant du quartier des antiquaires de Rouen. Et je dois dire que les raisons qui m’avait fait déserter une table sommes toutes agréable restent celles qui me feront hésiter à y revenir.
La cuisine est agréable, c’est incontestable. Elle est maitrisée dans tous ces aspects, ce qui est suffisamment rare de nos jours pour le souligner.
Le personnel est professionnel, ce qui là encore est plutôt rare depuis l’hémorragie du Covid. Prévenant, courtois attentif et disponible, sans être invasif, il se fait discret, sans être lointain. Le client est aimablement pris en charge depuis sont entrée dans la salle moderne et chique, jusqu’à sa sortie sur la rue pavée du vieux Rouen.
La carte des vins se présente variée et relativement intéressante, originale même par endroits. Entre grands classiques et pépites dénichées, l’amateur comme le néophyte peut trouver matière à son plaisir. En revanche, si les vins au verre sont abordables, les bouteilles sont excessivement chères. J’irai jusqu’à dire 1/3 de plus sur les bouteilles que je connais particulièrement. Et cette affiche disproportionnée déséquilibre le rapport prix plaisir, du vin, comme de l’ensemble de l’expérience, à laquelle d’énormes suppléments doivent être ajoutés pour sortir du menu type qui lui est au juste prix pour une belle assiette, bien garnie.




Toutefois, si tout est bien apprêté et chaque produit remarquablement bien traité pour lui-même, l’ensemble manque d’unité, malgré une belle créativité. L’intérêt est finalement ailleurs que dans la recherche de la bouchée parfaite et équilibrée. On le trouvera probablement plus surement dans la juxtaposition des arômes et des saveurs, qui à défaut de se fondre, se respectent pour donner le meilleur d’eux-mêmes.
Le cocktail aux agrumes dégageait une jolie fraîcheur sans sucrosité excessive, ne compromettant pas la suite du repas par une ouverture saturée. L’amuse-bouche de poireau truite, unis dans une vinaigrette onctueuse légèrement douce, augurait d’un bon moment. Dans cette salle au dressage contemporain, ouverte sur la cuisine, le service se déploit en souplesse pour apporter un agréable bœuf fondant avec une véritable rosace d’aromes chacun demeurant saillants sans se fondre en cette bouchée unique qui nous a manqué. C’est l’agréable vin corse qui, finalement, par un accord bien pensé, donne au plat relief et unité. Le canard, un peu trop cuit, conservait un côté Noël avec ses épices et sa sauce agréable, quoique, comme les autres, manquant d’un peu de légèreté. Le cromesquis de canard fondant était lui délicieux.
Au final, dans un ensemble des plus agréables, j’avoue ne pas avoir retrouvé le souffle des premiers mois d’ouvertures où il me semblait que l’étoile pouvait n’être pas loin.
C’est bon, c’est agréable et le moment est reposant, mais l’expérience manque de souffle et d’un rapport prix plaisir plus ajusté.
